24/12/2025
Je travaille avec les chiens depuis assez longtemps pour savoir que la bienveillance n’est pas une mode. Elle n’est pas née avec un courant, une certification ou un mot-clé bien placé. Elle existait bien avant, dans la patience, l’observation, l’humilité et le respect du vivant.
On parle beaucoup de bienveillance dans le monde de l’éducation canine. Le mot est partout : dans les formations, les certifications, les discours officiels. Mais à force d’être brandie comme une vérité absolue, cette bienveillance finit parfois par se transformer en son exact opposé.
Car ce qui s’impose aujourd’hui dans le milieu ressemble de plus en plus à une véritable dictature de la pensée. Une façon unique de voir, de faire et de penser l’éducation canine, érigée en norme morale incontestable. Ce n’est plus une orientation parmi d’autres, c’est une injonction. Et toute divergence, toute nuance, toute expérience différente devient suspecte, voire condamnable.
Le paradoxe est frappant : la bienveillance exigée envers les chiens reste trop souvent absente envers les humains et encore plus entre professionnels. Comme dans le cadre de formations ou de certifications où l’intolérance, le jugement et la disqualification remplacent trop souvent l’échange et la réflexion. On n’évalue plus seulement des compétences, on exige une conformité idéologique. Les pairs se montrent plus sévères, plus jugeants et parfois plus malveillants.
Les méthodes dites positives, lorsqu’elles deviennent rigides, font abstraction de l’essentiel : l’individu.
Elles ignorent l’expérience de terrain, la sensibilité propre à chacun, le parcours professionnel, les années d’observation et d’adaptation. Comme si seule comptait l’adhésion à un discours, et non la capacité réelle à accompagner des chiens et leurs humains avec respect et intelligence.
Personnellement, je n’ai pas attendu que ces méthodes soient nommées, labellisées ou institutionnalisées pour travailler de manière bienveillante et respectueuse avec les chiens. La bienveillance n’est pas une innovation récente, ni un monopole idéologique. C’est une posture, une intention, une relation construite dans le temps, nourrie par l’expérience, l’humilité et l’écoute du vivant.
Ce qui me heurte le plus, c’est de voir la réflexion remplacée par la conformité idéologique, et l’échange par la peur de mal penser.
On n’ose plus questionner. On n’ose plus partager ses doutes. On n’ose plus dire que tous les chiens, toutes les situations et tous les éducateurs ne peuvent pas entrer dans un moule unique.
Une certification devrait évaluer des compétences, pas formater des consciences. Elle devrait encourager la réflexion critique, la pluralité des approches et le respect mutuel. L’exigence professionnelle n’a rien à voir avec l’intransigeance idéologique, et l’éthique n’a jamais eu besoin d’humilier pour exister.
Si le monde de l’éducation canine souhaite réellement incarner les valeurs qu’il revendique — respect, écoute, adaptation — alors il est urgent qu’il commence par les appliquer aux humains qui le font vivre.
LOUMADY - Madeleine